mercredi 29 janvier 2014

Les cloches sonnent de nouveau à Arc-sur-Tille


Pose de la couverture du clocher de l'église d'Arc-sur-Tille.

 
Vidéo sur la restauration de l'église d'Arc-sur-Tille.
 
 
Fervent défenseur du patrimoine, passionné par l'architecture religieuse, chacun sait que je m'implique dans la sauvegarde d'édifices remarquables. Ils sont hélas très nombreux à être menacés.  
Je suis tombé sous le charme de l'église néo-classique d'Arc-sur-Tille en Côte d'Or.
L'UEPA et son dynamique président et ami M. André Fanjaud se battent depuis 1991 pour la sauvegarde de leur église dont la démolition fut un temps décidée.
Depuis avril 2013, date du début de la première tranche des travaux de réhabilitation, un gros travail a été accompli. Et c'est avec une intense émotion, si palpable dans l'assemblée, que le 21 janvier dernier, la toiture du clocher s'est élevé dans les airs, que M. le Maire d'Arc-sur-Tille a posé le coq sur la croix alors que la voix des cloches résonnait enfin après un si long sommeil. Les photos et les vidéos rendent compte admirablement de cet évènement mémorable.
Une souscription a été lancée par nos amis de la Fondation du Patrimoine en vue de financer la deuxième tranche des travaux qui conduiront à la réouverture de l'Eglise Saint-Martin.
Un grand merci à tous ceux qui nous ont aidés, notre tâche n'est pas terminée, vos dons même les plus modestes sont toujours les bienvenues.
Rendez-vous sur le site  de l'association pour la sauvegarde de l'église d'Arc-sur-Tille :

dimanche 12 janvier 2014

Les secrets de l'art ogival

                                              
  Cathédrale de Bayonne, côté sud, vue du cloître.

 
Choeur de la Cathédrale de Bayeux


Le tailleur de pierre, magnifique sculpture à la cathédrale de Bayonne.

It is my pleasure to present my English-speaking readers with this beautiful video by Russel Tarr.
 








Vidéo en anglais de Russel Tarr : Romanesque vs Gothic Architecture.

L'architecture romane avait besoin d'un centre, d'une unité d'influence pour qu'elle pût devenir l'art d'une nation. Elle en était réduite à s'éparpiller sans  progresser, selon les caprices de telle ou telle communauté religieuse. Quand l'unité du pouvoir monarchique commença à s'établir, cette unité se trouva fondée. Elle fut secondée par les corporations laïques qui, vers la fin du XIIème siècle, commençaient à prendre la direction des arts dans toutes les provinces de France.

En peu d'années, on quitte les traditions romanes. Au lieu d'admettre même les restes de l'art byzantin ou de l'antiquité, les nouveaux artistes vont aller chercher dans la nature qui les entoure leurs motifs de décoration, et créent une architecture nouvelle. L'architecture improprement appelée gothique fut le  réveil du vieil esprit gaulois se passionnant pour une idée et protestant contre la puissance monacale. Ces vigoureux effort de la science et du libre examen contre des traditions vieillies donna naissance au compagnonnage. A cette époque, les grandes cathédrales du domaine royal sont élevées sur des plans nouveaux : Notre-Dame de Paris, les cathédrales de Chartres, Bourges, Meaux, Laon, Amiens, etc... sont commencées sous Philippe-Auguste et terminées au XIIIème siècle.

Partant du principe que les voûtes agissent suivant des poussées obliques, les architectes laïques inventent l'arc-boutant pour les maintenir, et ces arcs deviennent un ornement de plus qui donna comme des ailes aux vastes édifices qu'ils entouraient. Les piles se divisent en faisceaux de colonnettes et s'élancent jusqu'au faîte. Les murs, devenus inutiles, disparaissent et sont remplacés par des claire-voies ornés de vitraux colorés. Tout devient ornement, jusqu'aux moindres détails de la construction, tels que les ferrures, la plomberie, les supports. La forme pyramidale est adoptée comme étant la plus stable. L'édifice gothique s'élève semblable à un château de cartes, s'appuyant sur toutes ses parties, sans qu'on puisse en retrancher une seule, tant elles sont solidaires les unes des autres. C'est tout simplement un tour de force d'équilibre.

De même que le massif pyramidal caractérise l'art égyptien, et la ligne horizontale l'amour des Grecs pour les beautés de l'ordre terrestre, de même l'arcade sur le pilier, la permanence de la ligne ascendante, est l'expression de la seule économie qui réconcilie  le ciel et la  terre, qui mette l'homme en communion avec son Créateur. Selon l'heureuse expression d'un poète anglais,  les flèches de nos cathédrales sont "des doigts levés pour nous montrer le ciel".  

En effet, ce qui caractérise avant tout l'église dite gothique, c'est la dimension en hauteur qui fait paraître la nef plus grande et plus profonde qu'elle ne l'est en réalité. Les voûtes paraissent d'une élévation incroyable, et les colonnes grêles qui s'élancent jusqu'aux voûtes semblent légères, parce que leur diamètre réel est dissimulé par la hauteur. Enfin, tandis que les  Grecs bâtissent les degrés, comme les colonnes, proportionnés les uns avec les autres, les maîtres d'oeuvre gothiques conservent toujours la même grandeur aux parties faites à destination humaine, telles que les portes ou les escaliers. De cette manière, l'oeil du spectateur possède toujours une échelle qui représente la moyenne de la stature humaine et qui lui permet de sentir sans cesse sa petitesse devant la grandeur de l'édifice.

Quoique l'art grec soit si complètement différent de l'art gothique, ce dernier était soumis à des lois de proportions harmoniques aussi strictes que l'autre. Ainsi l'église normale présente une largeur qui est contenue trois fois dans sa longueur ; la largeur de l'arcade principale mesure la hauteur des colonnes, les bas-côtés ont la moitié de cette largeur qui est contenue trois fois dans la façade et neuf fois dans la longueur totale de l'église, etc... De plus, la contruction, comme celle de l'ordre dorique, engendre elle-même sa décoration. Les contreforts, les colonnettes, les arcs-boutants, tout concourt à la beauté de l'ensemble, comme chez les Grecs les colonnes, les triglyphes, les métopes, la corniche et le fronton. 

mercredi 1 janvier 2014

Aux sources de l'Art Roman

 
Abbaye de Cluny depuis la tour des fromages.


                            Clocher de l'eau bénite et clocher de l'horloge, abbatiale de Cluny.
Narthex de l'église abbatiale de Cluny, dessin de Viollet-le-Duc.


 
Vue d'ensemble de l'église abbatiale de Cluny par Georg Dehio et Gustav von Bezold, fin XIXème.

Au XIème siècle, une  vie nouvelle  semble circuler. De tous côtés ont lieu de grandes assemblées où les évêques et les abbés prêchent la trêve de Dieu. L'état de la société s'améliore, l'âme s'ouvre aux grandes espérances, un autre moyen-âge commence : avant la fin du siècle, les trouvères chantent la Chanson de Roland, les Croisés prennent la route de l'Orient, le mouvement communal éclate çà et là, et au milieu de ce réveil général, les arts se relèvent. Si bien qu'aux environs de 1003, comme le dit le chroniqueur Raoul Glaber dans sa formule célèbre : "... c'était à qui, entre les populations chrétiennes, aurait les plus beaux édifices. On  eût  dit que le monde, secouant ses vieux haillons, voulait partout revêtir la robe blanche des églises".

En ce temps-là, entre tous, un ordre religieux cultive et propage les arts, c'est celui de Cluny, fondé au Xème siècle et qui dès le XIème siècle multiplie ses monastères dans toute l'Europe. Les Abbés de Cluny sont de véritables souverains, conseillers des papes et des rois, et leur abbaye est la plus vaste de toute la Chrétienté. L'église abbatiale de Cluny, reconstruite de la fin du XIème au commencement du XIIIème, avait 171 mètres de long : la basilique baroque de Saint-Pierre de Rome n'a que 12 mètres de plus ! Les Cisterciens qui réagiront contre le luxe des églises clunisiennes, seront cependant, eux aussi, d'excellents architectes.

Et c'est bien dans l'architecture qu'il faut chercher l'originalité de cet art nouveau, ce  Roman solennel et mystérieux.  Depuis le IVème siècle, la basilique chrétienne a subi bien des modifications déjà en Occident;  deux bras transversaux (transepts) se sont développés à l'intersection du choeur et de la nef et lui ont donné la forme d'une croix; sous le sanctuaire s'est étendue la crypte, véritable église souterraine ; enfin, sur l'édifice se sont dressés les clochers, qui, malgré leur nom moderne, n'ont pas été destinés d'abord aux cloches: on les appelait alors tours et, pendant les invasions normandes, elles avaient souvent servi pour le guet et la défense.

Ces divers changements se sont accomplis à l'époque mérovingienne et à l'époque carolingienne. Cependant, pour couvrir les basiliques, on avait conservé l'ancien système des combles en bois, si exposé aux incendies ; les invasions normandes en firent mieux sentir les défauts ; au XIème siècle, on y substitue presque partout la voûte et ce fut là le point de départ de toute les transformations architecturales, du Style Roman comme du Style Gothique.

Il est facile de le comprendre. Auparavant, les  murs latéraux et les supports n'avaient pas besoin d'une forte épaisseur et on pouvait, d'autre part, donner une grande largeur à la nef centrale : le comble ou le plafond n'était pas très lourd ; la pesée  sur les murs était faible. Si sur ces mêmes murs, qui avaient  été construits à cet effet, on établit une solide voûte, ils cédent et s'écartent : en effet, dans ce système, la poussée s'exerce obliquement et avec vigueur sur les murs ; s'ils n'ont pas les reins robustes, ils sont incapables de résister. Il faut donc augmenter l'épaisseur, restreindre les dimensions des fenêtres qui y sont ouvertes. En outre, plus la voûte est large, plus la poussée est énergique : il s'ensuit qu'on diminue la largeur des nefs. Du coup, toute la construction est transformée, et avec la construction, la physionomie de l'édifice.

Je souhaite une bonne et heureuse  année 2014 à mes fidèles lecteurs et particulièrement à tous ceux qui m'ont apporté leur soutien ces dernières semaines. Je ne peux répondre à  tous, chacun le comprendra. Rochefort mérite le meilleur, alors restons vigilants en 2014 !  

jeudi 17 octobre 2013

Quand le XVIIIème siècle embellissait Metz



Porte d'entrée du Palais de Justice de Metz, avec ses trophées monumentaux.




Palais de Justice de Metz.


Statue du Duc de Montmorency, Palais de Justice,  Metz.


Hôtel du Corps de Garde, Place d'Armes, Metz.


Hôtel de Ville, Metz.


L'Opéra-Théâtre de Metz, construit de 1738 à 1752.

Ce fut une transformation complète qui s'opéra à Metz durant la grande période de paix du XVIIIème siècle, où elle possédait comme gouverneur le Maréchal Charles-Louis Auguste Fouquet de Belle-Isle, tout acquis aux idées des Lumières. Celui-ci, non content de refaire les fortifications de la ville, la dota en 1754, comme on le faisait alors en France pour toutes les grandes villes de garnison, d'une Place d'Armes régulièrement classique, et fit élever le décor complet de ses bâtiments à la place du cloître et des églises qui enserraient la Cathédrale Saint-Etienne au sud.

L'édifice le plus élégant est l'ancien Corps de Garde, aujourd'hui Office du Tourisme, qui nous est parvenu presque intact. Le plus important, face à la Cathédrale, est l'Hôtel de Ville dont les portes garnies de fer forgé et l'escalier d'honneur sont d'un très noble dessin. Le palier de cet escalier s'orne d'un beau bas-relief représentant la Moselle en nymphe des eaux, au dessous duquel ont été gravés sur une plaque de marbre les célèbres vers par lesquels le grand poète Ausone, au IVème siècle, chantait déjà la gloire et la prospérité de la Région Mosellane : "Salve magne parens frugumque virumque Mosella" (Salut Moselle, notre Mère, riche en hommes et en fruits de la terre"). 

Sur l'un des côtés de la Place d'Armes, face à l'ancien Corps de Garde, se dresse entre deux trophées classiques, la statue du Maréchal Fabert, enfant de Metz et défenseur de Sedan sous la Fronde. L'architecte Jacques-François Blondel, auteur de ce majestueux décor, l'avait complété par les gradins et les balustres de la Place Saint-Etienne pour faire un piédestal à la Cathédrale et projetait, en abattant tout le quartier qui la séparait de la Moselle, de le rattacher à celui de la Place de la Comédie, aménagé dans une île sur l'autre rive de la Moselle, en un vaste ensemble classique.

L'ultime apport de l'Art Classique à Metz est sans aucun doute le plus grandiose : le Palais de Justice, édifié par Charles-Louis Clérisseau en 1776 pour être le siège du Gouverneur des Trois Evêchés, Metz, Toul et Verdun, dresse au-dessus de la Moselle, au point le plus élevé de la place, et à l'entrée de l'Esplanade, sa masse imposante de Style Palladien, dont le portail aux guérites surmontées de trophées trahit au premier coup d'oeil sa destination. Il est surmonté d'un groupe sculpté : "La France veillant sur ses enfants".  C'est ici que LaFayette, alors officier en garnison à Metz, prit la décision de rallier les Amériques pour se battre aux côtés des Insurgents.

L'escalier d'honneur du Palais de Justice, garni d'attributs guerriers et d'une robuste rampe en ferronnerie, et les statues des Maréchaux de France, qui ornent les sobres façades de sa cour, confèrent à ce palais une allure militaire de force et d'autérité. Cette sobriété et cette majesté d'allure des édifices messins de Style Classique sont bien la marque du génie français qui, à une époque d'éxubérance et de relâchement des lignes, sut créer un style martial pour une ville guerrière.  

On ne peut quitter cette belle ville sans évoquer l'Opéra-Théâtre de Metz, sur la magnifique Place de la Comédie. Construit de 1738 à 1752, il est l'oeuvre de Jacques Oger, un architecte messin. C'est le théâtre à l'italienne le plus ancien de France encore en activité.  

vendredi 27 septembre 2013

Les Pigeonniers de Charente Maritime : une architecture symbolique



Pigeonnier Renaissance de l'Abbaye de Montierneuf, Saint-Agnant (Charente-Maritime).




La fuie ronde d'Aulnay-de-Saintonge.


Les boulins de la fuie d'Aulnay-de-Saintonge.

 
Le pigeonnier (1595) du Logis de Beaulieu à Germignac. Il possède une cave et une lucarne Renaissance très ouvragée.

Pigeonnier du Château de Villeneuve-la-Comtesse. Carré, il pourrait remonter au XIVème siècle car les pigeonniers sont ronds à la fin du XVème siècle en Saintonge.


L'architecture nourrit périodiquement nos rêves. De temps à autres, les peuples se jettent dans des engouements fugitifs ou durables, où la mode, le décor de la vie, les idées, les imaginations trouvent dans le patrimoine une place à part, car, pour un grand nombre d'entre nous, si la réalité ne correspond plus à l'image, c'est la réalité qui a tort !...C'est aussi cela le paradoxe des pigeonniers : laissant de côté les couleurs trop flatteuses comme les ombres poussées, ils donnent enfin une image fidèle de la réalité socio-économique de l'histoire d'une région.
La fonction primordiale du pigeonnier (également appelé fuie ou fuye) est utilitaire (nourriture et réceptacle à colombines), mais dès son avènement il eut valeur de symbole : symbole du pouvoir et de la suzeraineté avant la Révolution, symbole de la liberté acquise après 1789. Le morcellement des terres seigneuriales et des propriétés conventuelles donna naissance à une théorie de pigeonniers de conceptions différentes quant à l'utilisation des matériaux et à leur modénature. Cela livre de précieux enseignements sur l'esprit social de l'époque.
Aujourd'hui, les pigeonniers ont perdu leur utilité au profit de leur fonction de mémoire. Fichés au milieu d'un labour ou cachés à l'ombre des chênes, ils montent la garde, silhouettes transitoires entre un passé définitivement aboli et un futur qui ne saurait être serein sans se référer à ses racines. Le temps, en les érodant, loin de les humilier, leur a plutôt conféré une certaine majesté. Et, devant l'affaissement de tel ou tel, on éprouve une étrange sensation de mélancolie et d'angoisse - celle qui naît des dessins de Piranèse ; derrière ces noirs écroulements quelque chose vit et nous guette : l'avenir.
Les pigeonniers appartiennent à un type d'oeuvre basé sur la symbolique de la liberté et le fantasme du pouvoir. Ils sont l'emblème de l'ascension des hommes et de leur propre vertige. Cependant, ils restent dans la grande tradition, et cela se vérifie du seul point de vue des volumes internes. Matériellement il existe un module de base, ne serait-ce qu'au niveau des boulins et des proportions des ouvertures en fonction de l'importance des pigeonniers. Idéologiquement, qu'ils datent du XVIème, des XVIIème, XVIIIème ou XIXème siècles, ces édifices représentent la noblesse et, après la Révolution, l'accession à la propriété, l'audace, le vertige d'une certaine liberté. Ainsi cette composition basée sur la répétition, se rencontre dans tout l'architecture monumentale. D'où l'intérêt de la retrouver dans les pigeonniers qui sont l'expression d'une architecture locale, vernaculaire et anonyme.
Il en est des fortifiés, des cylindriques, avec échauguettes même. En regard de la magie d'un monde où le matériau s'anime parce qu'il a été frappé comme il se doit, rien n'impose de nous figer en statue de sel qui s'effrite, ni, à l'inverse, d'en tirer seulement un profit de jouisseur. Car tout invite à participer à cette danse des dieux et, par "effet miroir", à capter les forces et les énergies qui s'échappent des oeuvres d'art, pour devenir acteurs et gérants de leur pérennité...Nul ne peut ni ne doit sortir indemne de la lente remontée du temps que la lecture d'un monument provoque. L'émotion qui naît devant un édifice est une alchimie subtile entre la  notion utilitaire et l'esthétique qui s'en dégage. Il n'y a pas de hasard en architecture : tout est utilisé, de la plus lourde technologie aux caprices vertigineux de la lumière, comme dans les cathédrales.
C'est la tâche ardue et magique de l'architecte qui canalise son imaginaire par  les truchements conjugués de la technique et de son savoir-faire. C'est pour cela qu'il n'y a pas d'architectures mineures, mais l'Architecture ! La lutte contre le temps qu'il engage est un combat singulier dont l'édifice sortira vainqueur, même si le nom du créateur est oublié - qu'importe ! La trace, le répère restent plantés pour les générations futures.
L'architecture est la seule oeuvre humaine qui puisse se mesurer au temps, qui l'apprivoise et transmute son hostilité en faire-valoir.  

mercredi 11 septembre 2013

Journées du Patrimoine Rochefort 2013





                                              
 
 
Porte du Soleil et Musée de la Marine.
                                   

                                La magnifique façade du 83, rue....? bonne découverte à Rochefort !

Cette trentième édition des Journées du Patrimoine coïncide également cette année avec le centenaire de la loi sur la protection des monuments historiques du 31 décembre 1913.  La Charente Maritime dénombre 844 monuments protégés et se situe au 9ème rang des régions de France en la matière.  Rochefort, Ville d'Art et d'Histoire depuis 1987, compte 17 monuments protégés au titre des monuments historiques.   

Cette année, on pourra découvrir ou redécouvrir les sites classés ou inscrits de notre ville, par leur intérêt monumental ou mobilier,  comme le grand bureau de l'Intendant Bégon, visible à la Maison du Roi (Commandement des Ecoles de Gendarmerie). Ce mobilier peut être inscrit (sur avis d'une commission départementale) ou classé (sur avis d'une commission nationale). Le Temple Maçonnique (1840), exceptionnellement ouvert au public, avec son décor ancien et son impressionnante bibliothèque, est le dernier classé à Rochefort. La Loge L'Accord Parfait avait été fondée en 1776 afin d'accueillir les Frères de la Marine.

En vedette également pour 2013, la Gare de Rochefort (voir l'article sur ce blog), le Théâtre  à l'italienne de la Coupe d'Or, l'Eglise Saint-Louis (voir également sur ce blog), les Formes de Radoub, sans oublier tous les remarquables musées de notre ville, les magnifiques hôtels particuliers et ils ont nombreux. Mention spéciale  pour le Musée Nationale de la Marine, numéro un à Rochefort avec ses prestigieuses et rares collections ainsi que la passionnante Ancienne Ecole de Médecine Navale, un musée unique en France et véritable must see.  

mercredi 4 septembre 2013

Royan ou les choix de la Reconstruction



Eglise Notre-Dame de Royan, Louis Gillet architecte.
   

Palais des Congrès de Royan, Claude Ferret architecte.


 
Villa Hélianthe à Royan, Yves Sallier architecte.
 
 
Galeries du Front de Mer à Royan. Elles suivent la courbe du littoral.

 
Gien, le château épargné par les bombardements et les maisons reconstruites.

La France de 1945, dévastée mais libérée s'apprête à se reconstruire. Au Ministère de la Reconstruction, deux conceptions  de l'architecture et de l'urbanisme s'opposent sur le parti à adopter. Les uns, en accord avec la loi sur les dommages de guerre qui prévoit la reconstruction à l'identique des bien détruits, encouragent les français à retrouver leurs paysages d'avant-guerre. Les autres voudraient saisir l'occasion pour rebâtir les villes selon les principes de la modernité.

Aux tenants de la tradition qui avancent les projets dits à l'identique pour ressusciter Blois, Saint-Malo ou Gien, s'opposent les partisans du mouvement moderne voulant transformer Caen, Le Havre et Royan en villes de l'avenir. Et, en effet, tout dans les paysages urbains semble opposer les types de villes issues de ces positions. Ici les toits pentus et les briques de la tradition, là les façades fonctionnelles et les matériaux des temps nouveaux. Mais entre la reconstitution, la pierre de taille ou le béton, y-a-t-il eu vraiment choix et hésitation?

Royan, poche de repli des occupants a été presque entièrement rasée par les bombardements alliés de 1944. Ville-martyre au même titre que Gien, ces deux villes sont rapidement devenues emblématiques des choix de la Reconstruction. Il  fallait permettre à Gien de renouer le prestigieux passé des bourgs de bord de Loire où s'était épanouie la tradition classique et laisser Royan donner les preuves de la pertinence d'une architecture fonctionnelle. Ces villes semblaient cristalliser les éléments de la polémique (opposant traditionalistes et modernisateurs) qui englobaient  une conception générale de l'urbanisme, la mise au point du plan d'aménagement des villes, les formes et les matériaux.

A Royan, dès 1945, Claude Ferret déroula sans ambages ses convictions du style international, magnifiées dans le front de mer. Si dans cette ville, les constructeurs se réfèrent à une manière, ce n'est pas celle qui fit au XVIIIème siècle la gloire de Bordeaux et de sa région, mais bien celle de novateurs, tels Niemeyer ou Le Corbusier.

A Royan, on a cherché à inventer un langage architectural correspondant à l'époque. Les décombres amoncelés ici font accepter l'innovation formelle qui donnerait son sens à la ville. La cîté balnéaire de Charente Maritime comme la ville d'art des bords de la Loire seraient donc, parmi d'autres exemples, les archétypes des grandes orientations de l'urbanisme d'après-guerre. A Royan, dans l'axe du front de mer, une grande voie de circulation permet un accès aisé à la plage. A Gien, il s'agissait d'aménager le point névralgique que présentait le passage de la Loire et à Royan c'est le trajet des vacanciers qui requiert l'attention. Quant à la reconstruction de l'Eglise Notre-Dame de Royan, entièrement bombardée, elle se fait  en arrière de l'ancien emplacement, dans un terrain plus propice à sa construction.

La comparaison des deux  plans de reconstruction, à Royan et  à Gien, montre un même effort pour faciliter la circulation, pour élargir, pour rectifier les rues,  pour aérer et désenclaver les immeubles d'habitation et bâtiments publics. Dans les deux cas, l'intention est bien de mettre de l'ordre dans des ensembles urbains défiant l'ordonnancement classique : Royan, qui comme beaucoup de stations balnéaires avait poussé sans ordre au fur et à mesure de sa vogue ; et Gien où s'enchevêtraient des ruelles étroites et mal commodes.

On pourrait multiplier les preuves de la volonté modernisatrice des urbanistes ayant travaillé dans ces villes. Pourquoi les deux villes continuent-elles leur carrière de porte-drapeau de courants contradictoires ? L'emploi de matériaux dissemblables et d'un vocabulaire radicalement différent suffit-il à les opposer totalement ? Cette querelle porte en fait sur l'enjeu fondamental de  la  Reconstruction. Ni l'ensemble du corps professionnel du bâtiment, ni surtout les sinistrés n'étaient  prêts à accepter un total bouleversement de leurs villes. Un consensus s'établit sur la sauvegarde de l'ancien, comme patrimoine inaliénable. Le restaurer, c'est aussi effacer les meutrissures de la guerre. Ces conceptions ont uni, par-delà les divergences politiques et les situations sociales, la plupart des  hauts fonctionnaires du Ministère de l'Urbanisme, un grand nombre d'architectes et la majorité des français.